Il existe en France quelques territoires que la géographie a placés un peu à part. Le Pays de Gex en fait partie. Coincé entre la barrière de la Haute Chaîne du Jura et la frontière suisse, ce couloir du nord-est de l’Ain tourne autant le dos à Lyon qu’il regarde vers Genève. On y monte à plus de 1 700 mètres le matin et l’on dîne le soir au bord du Léman. Cette situation singulière explique presque tout : l’économie, les paysages, la démographie et jusqu’aux habitudes quotidiennes de ses habitants.

Le Pays de Gex forme une bande étroite entre la crête du Jura, à l’ouest, et le canton de Genève, à l’est. Réunies aujourd’hui au sein d’une communauté d’agglomération, ses 27 communes rassemblent un peu plus de 90 000 habitants. Gex, la ville qui donne son nom au territoire, en est le chef-lieu historique ; Ferney-Voltaire, Saint-Genis-Pouilly, Divonne-les-Bains, Thoiry ou Prévessin-Moëns comptent parmi les autres pôles. Le relief crée une géographie très lisible : les villages accrochés au pied du massif, les bourgs de la plaine, puis la frontière, franchie chaque jour par des dizaines de milliers de personnes.
Rares sont les territoires français où la frontière pèse autant. Le Pays de Gex vit largement au rythme du bassin genevois : de nombreux habitants y travaillent, l’aéroport international de Genève borde le territoire et le CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, s’étend en partie côté français. S’y ajoute un régime ancien et singulier, la zone franche du Pays de Gex, héritée des traités du XIXᵉ siècle, qui organise des relations douanières particulières avec la Suisse. Cette proximité apporte de l’emploi et des revenus, mais aussi des tensions bien connues sur le logement, les transports et les services publics.
La Haute Chaîne du Jura domine tout le territoire. Le Crêt de la Neige, qui culmine à 1 720 mètres, en est le point le plus haut et constitue aussi le sommet de tout le massif jurassien. Une grande partie de cette crête est protégée par une réserve naturelle nationale, ce qui explique la qualité des paysages et la présence d’une faune remarquable. Depuis le col de la Faucille, la vue plonge sur le Léman et, par temps clair, sur le mont Blanc.
La station Monts Jura, répartie entre Lélex, Crozet, Mijoux et la Faucille, propose le ski alpin et le ski nordique, tandis que le domaine de La Vattay est devenu une référence pour le fond avec ses larges boucles tracées. L’été, les mêmes pentes accueillent la randonnée, le VTT et le parapente ; les sentiers de grande randonnée qui traversent le massif attirent des marcheurs de toute l’Europe. En contrebas, Divonne-les-Bains cultive une tradition thermale et de loisirs, et Ferney-Voltaire garde la mémoire du philosophe qui y installa son domaine.
Le territoire a gardé des marqueurs bien à lui. Le bleu de Gex, fromage de montagne à pâte persillée protégé par une appellation d’origine, en est sans doute le plus connu. Les fermes d’altitude, les alpages, les marchés hebdomadaires et les caves du Bugey voisin complètent le tableau. Le contraste fait partie du charme local : on passe en une demi-heure des rues internationales de Ferney aux pâturages silencieux du haut Jura.
La population du Pays de Gex a fortement augmenté depuis les années 1970, portée par l’attractivité genevoise. Les communes ont dû construire, aménager des transports, ouvrir des écoles et repenser leurs centres-bourgs. Les questions de mobilité transfrontalière, de préservation des espaces agricoles et d’équilibre entre les villages et les zones résidentielles reviennent régulièrement dans les débats locaux. Pour le visiteur comme pour celui qui s’y installe, l’intérêt reste le même : peu d’endroits offrent, sur une aussi petite distance, une telle variété de paysages et de manières de vivre.
Le territoire s'étire du nord au sud entre la Haute Chaîne du Jura et la frontière genevoise, dans le nord-est du département de l'Ain.